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Les degrés d'autonomie (2/2)
Rédigé par Laurent Caudron
L’autonomie est un processus de croissance qui passe par des étapes dont nous ne pouvons nous dispenser ; tout comme l’être humain ne passe pas instantanément du nourrisson à l’adulte autonome.
Dans les problématiques de délégation, de travail en équipe-projet ou de rapport hiérarchique, connaître les étapes, les comprendre, accompagner ceux qui s’y trouvent, favorise l’atteinte de l’autonomie véritable.
RAPPEL DES DEGRÉS DANS L’AUTONOMIE ?
La dépendance (symbiose et soumission à l’autre).
La contre dépendance (j’existe par rapport et en opposition à l’autre).
L’indépendance (je n’ai plus besoin de l’autre pour exister).
L’inter dépendance (je peux faire seul ou, consciemment, être en symbiose).
La responsabilisation (en cohésion avec le système, je fonctionne dans les différents degrés précédents).
La vision (le sens de ma mission transcende les situations et en change la perception).
Nous avions vu les trois premiers degrés d'autonomie dans notre précédent article.
Ce second article présente les trois derniers degrés d'autonomie.
L’INTER DÉPENDANCE.
La personne est capable d’agir en totale indépendance, mais également, comme en soumission appropriée. «comme» car c’est consciemment qu’elle accepte de faire ce choix.
L’adulte s’installe dans la vie. Il a des revenus satisfaisants. Dans son travail il sait assumer son rôle et animer son équipe. Il a connu une expérience de couple avec sa part d’échanges enrichissants. Il se laissait guider parfois, mais en général, il préférait garder la maîtrise de la relation. Il a des amis. Ils peuvent compter sur lui. Il fait du sport avec ses copains. Il partage des sorties au restaurant, au cinéma ou à une exposition.
Ce stade correspond à un travail à l’unisson avec les pairs, ainsi que la capacité d’assumer les responsabilités, à l’unisson de la fiche de poste ou avec le projet.
Le risque serait de se satisfaire de cet état d’unisson. Il y manque la dimension de prise en charge de ceux qui n’ont pas encore effectué le chemin vers l’autonomie. La capacité d’accompagner et de rendre autonomes les autres. Car, comment être parfaitement autonome si les autres dépendent de nous, si nous devons nous consacrer à eux ?
-Comment l’unisson vit-il son autonomie ?
-Quel est son style de management ?
-Quel est celui qu’il désire avoir ?
-Quel modèle aimerait-il avoir, donner ?
-Quel est son besoin de reconnaissance, son envie de transmettre ?
-Quelle conscience a-t-il de ses compétences et de la manière dont il les a acquises ?
LA RESPONSABILISATION.
C’ est le degré ultime d’autonomie. Le responsable vit une situation complexe et ambiguë.
Il doit manager (c’est un "manageons") le fait d’être simultanément un subordonné (symbiose position enfant), un supérieur hiérarchique (symbiose position parent et adulte), en relation avec ses pairs (adulte) et en inter dépendance (responsable de son pôle d’activité et de ses subalternes).
Le "manageons" est non seulement autonome, mais il comprend ce que cela signifie pour lui et pour les autres.
L’adulte est marié et connaît une vie de couple harmonieuse, des échanges d’égal à égal avec sa partenaire. Il s’occupe de sa partenaire par moments et à d’autres il se laisse choyer. Il l’écoute et l’aide à s’épanouir. Ils gèrent l’argent du ménage, le plombier, les vacances. Ils construisent des projets.
Mais quel sens ont ces projets ?
Quelle est la vision qui donne une signification au quotidien ?
LA VISION.
Imaginons que le jeune couple dont nous venons de parler vienne d’avoir un bébé. Bien entendu c’est le plus beau et le plus merveilleux qui soit. Les pleurs du bébé lèvent un parent plusieurs fois par nuit, toutes les nuits. Cela est acceptable.
Si un voisin faisait dans l’appartement autant de bruit à la même heure, et pendant plusieurs semaines, cela ne serait pas accepté.
Cela a du sens de se lever pour son enfant, pas d’être dérangé par un tapageur. La vision du couple, de fonder une famille implique d’assumer bien des choses.
Cela est vrai aussi pour l’autonomie.
Nous pouvons nous sentir plus libre et plus autonome sous le joug de certaines contraintes que nous acceptons volontiers parce qu’elles ont un sens pour nous, alors qu’une infime obligation peut nous sembler insupportable lorsqu’elle n’entre pas dans la vision que nous avons de notre projet.
Une personne peut se trouver dans une situation de dépendance ou d’indépendance et en même temps être autonome parce qu’elle ne s’identifie pas à la situation. Au contraire trouvant un sens profond à sa vie, elle perçoit son vécu au travers d’une idée qui la transcende.
En ce qui concerne l’entreprise, le sens, la vision que l’entreprise donne aux salariés, se constitue des objectifs, valeurs, expériences, enrichissements qu’elle offre aux membres de son personnel. Cette vision partagée induit une forme d’autonomie aux salariés.
En management, la vision partagée contribue à l’autonomie de chacun des membres de l’équipe. Tous travaillent dans le même sens, vers le même objectif et pour les mêmes raisons (valeurs). La part d’autonomie de chacun et alors d’autant plus grande.
En savoir plus :
- la première partie de l'article de Laurent Caudron
Les degrés d'autonomie (1/2)
- les travaux de Nola-Katherine SYMOR
« le cycle de la dépendance » AAT n°27 juillet 1983
- Les responsables porteurs de sens
Vincent Lenhardt - INSEP éditions.
Auteur de l'article : Laurent Caudron
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