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Vous croyez-vous ''maître du monde'' ou ''jouer du destin'' ? Petit voyage au pays des mécanismes d’attribution (1/2)

Rédigé par Stéphanie Féliculis

Dans ma précédente contribution, nous avions évoqué ensemble la notion de système de représentation. On avait vu qu’il ne nous est pas possible de penser sans un tel système.

Aujourd’hui, je vous propose de porter notre attention sur un sous-système de notre ordinateur personnel, qui organise l’attribution de sens à ce qui nous arrive et se dénomme «mécanisme d’attribution causale » .

On évoquera aussi comment cette notion peut s’articuler avec la pratique du coaching. Et, en fin d’article, vous pourrez faire le point sur vos tendances au moyen de questions d’auto-analyse.



Qu’appelle-t-on mécanisme d’attribution causale ?

On doit cette notion aux travaux de la psychologie cognitive (qui s’intéresse à comment nous pensons). Le terme anglais qui désigne ce mécanisme est « locus of control » ou lieu de contrôle.

ela définit le système qu’a chacun pour expliquer l’origine de ce qui arrive autour de lui. Comme il s’agit d’un système organisateur de représentations, nous n’avons évidemment pas facilement conscience de fonctionner à partir de tels mécanismes.

On distingue deux grandes catégories d’attribution causale, l’attribution causale externe et l’attribution causale interne.



L’attribution externe et l’attribution interne


Si je fonctionne préférentiellement selon une tendance à l’attribution causale interne (disons en LI pour simplifier), j’ai l’habitude de plutôt m’imputer à moi-même l’origine de mes succès ou de mes échecs.

J’ai plutôt tendance à regarder aussi le monde qui m’entoure avec le même prisme. Je pourrais plutôt penser que « les gens qui ne trouvent pas de travail ne font pas ce qu’il faudrait pour y arriver », ou que « la fortune sourie aux audacieux », ou encore que « quand on veut, on peut » et, globalement, que nous pouvons toujours influer sur le cours des évènements.

A l’inverse, si ma référence est un mécanisme d’attribution causale externe (soit LE), j’ai tendance à considérer que l’origine de ce qui se passe se trouve à l’extérieur de moi et bien entendu je décode aussi le monde avec ce référentiel.

’aurais alors plutôt tendance à relativiser mes échecs comme mes succès, n’imputant pas une majeure partie de leur explication à mes efforts ou talents personnels. Je peux alors plutôt penser que « ce qui doit advenir adviendra », ou bien que « qui vivra, verra » ou encore qu’un effort n’a de sens que s’il est fait au bon moment et avec l’économie d’énergie justifiée.

En gros, face à un problème, on peut prédire que le LI se dira « c’est ma faute » et que le LE pensera « j’y peux rien ».



Intérêts et inconvénients des deux systèmes


L’attribution interne : un coup de fouet qui fait avancer et peut faire mal !

L’avantage du LI est de renforcer la tendance à l’activité, voire à la pro-activité des individus. Les personnes fonctionnant préférentiellement ainsi se considèrent comme responsables d’un certain champ d’action et y déploient leur énergie.

Ce fonctionnement peut avoir un effet galvanisant sur la personne, qui pourra être poussée à se montrer audacieuse et pourra réussir des exploits. Ces personnes profitent de leurs succès, car elles savent qu’elles les ont construit elles-mêmes.

Fonctionner en LI est évidemment un atout pour commencer un coaching. En effet, ce type d’accompagnement requiert plutôt que le bénéficiaire veuille changer quelque chose dans sa vie et CROIT qu’il peut y faire quelque chose !

Cependant, un excès de LI peut provoquer des désagréments, nous faire surestimer notre rayon d’action, sous-estimer celui des autres, voire ne pas voir les obstacles que raisonnablement on devrait considérer.

De plus, en cas d’échec, le fonctionnement en LI peut faire qu’on s’attribue une part trop importante des échecs subis, ce qui peut nuire à notre estime de nous-mêmes (Cf. le fin de cet article pour des illustrations). Enfin, on peut ne pas profiter tant que cela de nos succès, si nous avons, par ailleurs, un « sois parfait » qui nous fait considérer notre réussite comme normale (Cf. notre article précédent sur les croyances bloquantes).



L’attribution externe : faire corps avec son environnement pour le meilleur et le pire !


Les personnes fonctionnant en attribution externe ont plutôt tendance à s’adapter à ce qui vient, à l’accepter sans nécessairement chercher à le modifier et sans préjuger de son évolution naturelle future. Pour elles, l’important est dans le décodage des facteurs d’évolution hors d’elles-mêmes. Elles sont donc plutôt observatrices et attentives à leur environnement. Elles économisent leur énergie. Elles peuvent se montrer moins promptes au conflit ouvert que les personnes en LI.

Par contre, sur le versant négatif, les personnes fonctionnant préférentiellement en LE, peuvent présenter une certaine passivité vis-à-vis des évènements, croire que c’est à l’environnement d’influer sur leur destinée et finalement aux autres de décider à leur place. Cela fournit d’ailleurs une occasion facile de blâmer ces dernières s’ils n’ont pas œuvré dans le sens voulu, mais qui n’a pas nécessairement été explicitement nommé !

Sur le plan culturel, les cultures occidentales sont plutôt versées dans le LI et les cultures orientales vers le LE. Dit autrement, le fonctionnement en LE est caractéristique du monde traditionnel et le fonctionnement en LI du monde individualiste moderne. Toutefois, nos généralisations ne doivent pas non plus nous tromper. Croire à la tout puissance du marché, c’est aussi fonctionner en LE, alors que c’est un élément clef de la pensée et de la pratique libérale actuelle.

Dans notre culture occidentale, au niveau « micro » ou individuel, on observe actuellement une tendance à l’exacerbation du fonctionnement en LI. On pourrait avancer l’hypothèse d’ailleurs, pour reprendre ce qui est dit plus haut, que ce mouvement est corrélatif d’une tendance inverse au niveau « macro ». On vivrait donc dans un monde où l’exacerbation du LI au niveau individuel ferait pendant à l’augmentation d’un LE collectif.



Mécanismes d’attribution et coaching

En coaching, comme dans toute occasion d’entretien formalisé, il est intéressant d’analyser les mécanismes d’attribution à l’œuvre chez l’autre et chez soi.

En effet, si un client fonctionne préférentiellement en LI, alors il devrait se montrer engagé et actif dans son propre changement. Il aura soit tendance à attendre une même attitude de son coach ou, soit au contraire, sera content de le voir adopter un fonctionnement opposé, qu’il a du mal à adopter seul. Le coach devra plutôt être attentif au risque d’en faire trop, entraîné qu’il pourra être par l’énergie de son client ! En étant trop investi, il ne lui rendrait pas service dans son rôle d’autonomisation.

A l’inverse, si le client fonctionne apparemment plutôt en LE, alors le coach devra repérer si cela paraît conjoncturel (par exemple, dans le cas d’une personne « envoyée » en coaching) ou, si ce mode de fonctionnement semble plus régulier chez la personne.

Dans ce cas, le coach a trois options possibles :
- soit il « fait avec » ce fonctionnement, c’est-à-dire qu’il ne fait, pour l’instant rien de spécial, d’actif, choisissant ainsi lui-même un fonctionnement plutôt en LE,
- soit il considère que ce mode de fonctionnement est incompatible avec l’engagement requis en coaching et refuse la mission,
- soit encore, il choisit de renvoyer son hypothèse à son client sur ce fonctionnement et de négocier avec lui sur cette base, ce qu’ils décident ensemble de faire ou pas. C’est cette option que je privilégie dans ma pratique.

Rappelons qu’il est assez fréquent d’observer une tendance au LE lors des entretiens préliminaires en coaching, non entièrement imputable au fonctionnement individuel du coaché d’ailleurs. En effet, nombre de nos clients arrivent en entretien avec la croyance imformulée que « les coaches sont des experts qui vont pouvoir les aider à trouver des solutions, parce que justement ils sont des super pro ». Il est d’ailleurs assez fréquent qu’ils soient amenés à penser cela dans les entreprises, où les « conseils » sont souvent désignés comme experts, au détriment souvent de l’expertise interne. Il est important, à mon avis, de décoder voire de révéler ce processus d’idéalisation- invalidation, car il est une force au service de la dépendance et du non changement en coaching.


Pistes d’action :

Je vous propose de vous livrer à un petit travail d’auto-observation. Les questions qui suivent sont destinées à vous aider à réfléchir sur vos mécanismes d’attribution.

- Dans votre travail, dans votre vie quotidienne, comment avez-vous tendance à décoder ce qui vous arrive ou arrive ?
- Pensez-vous immédiatement à votre action comme référence ?
- Imaginez-vous de suite des facteurs de votre environnement pour expliquer les choses ?
- Y a-t-il des domaines dans lesquels vous avez plutôt tendance à imputer à l’environnement la responsabilité de ce qui se passe ?
- Sur une situation où votre action est impliquée et où votre première réaction est d’imputer la responsabilité à l’extérieur, reprenez le détail de ce que vous avez fait, auriez dû ou pu faire, en toute honnêteté envers vous-même, et répondez à nouveau à la question de l’imputation causale. Bon courage !



Lors de notre prochain article, on analysera deux inconvénients majeurs associés au mécanisme d’attribution interne (LI), que l’on rencontre souvent en situation managériale. Puis, on évoquera l’impact du contexte actuel des fonctionnements d’entreprise sur les mécanismes d’attribution.


Auteur de l'article : Stéphanie Feliculis
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