|
Entretien avec Dee Hock : Organisation chaordique et engagement individuel
Rédigé par Notre Invité
Avec l’aimable autorisation de la revue "What Is Enlightenment", Coaching Avenue reproduit une interview de Dee Hock, fondateur et ancien PDG de Visa.
Dee Hock nous montre dans cette septième partie de l'interview comment au niveau individuel nous pouvons initier le changement.
WIE : Pour vraiment arriver quelque part avec ce travail, il faut donc s'ouvrir à la dynamique évolutive de l'univers d'une manière très personnelle. Je vois là une perspective excitante, qui implique par nature une transformation constante.
DH : Dans mon livre, je parle de l'une des mes convictions les plus profondes, c'est-à-dire que la vie, ce n'est pas faire, et ce n'est pas être.
La vie est devenir éternel ou n'est rien. Elle ne peut pas exister sans éternel devenir.
Fondamentalement, toute l'histoire de l'évolution est une histoire d'expérimentation et de transformation, n'est-ce pas ? Si vous pensez que vous pouvez arrêter ce processus, si vous pensez que vous pouvez créer un environnement contrôlé, vous vivez dans l'illusion totale. Vous allez également vivre dans l'angoisse et le conflit, parce que là vous voulez vivre en contradiction non seulement avec la nature et l'évolution, mais aussi en contradiction avec votre propre nature.
Le changement, donc, n'est pas quelque chose d'étrange. C'est l'essence même de la vie.
Une grande question qui surgit toujours dans l'auditoire est la suivante : " Mais alors, si je suis enfoncé dans ces énormes organisations basées sur le commandement et le contrôle, à l'école c'était la même chose, dans mon église pareil, et même la ville fonctionne de cette façon, qu'est-ce que moi je peux faire ? Par quoi commencer ? "
Ma réponse est très évidente. Je leur dis : Maintenant, ici, avec ce que vous avez et n'hésitez pas un instant. " Si vous commencez à étudier ces concepts, vous allez trouver des douzaines de personnes au sein de votre propre organisation et dans d'autres, qui vont les appuyer. Et si vous ne trouvez pas d'aide et de compréhension de la part de votre propre organisation, alors traversez les frontières et mettez-vous en contact avec des gens d'autres d'organisations qui sont dans la même dynamique.
WIE : Vous décrivez un niveau élevé d'engagement individuel, du genre qui a le pouvoir de créer un changement irrésistible.
DH : À un moment, j'ai cherché à comprendre comment les grands leaders ont provoqué des changements sociaux énormes, ainsi le Christ, Mahomet, Gandhi, Mère Teresa, Jeanne d'Arc, Martin Luther King. Lorsque vous considérez leur histoire, vous constatez qu'ils étaient presque tous des personnes ordinaires. Ordinaires !
Gandhi n'était qu'un avocat médiocre qui a été jeté d'un train par les Britannique parce qu'il était indien. Mère Teresa n'était qu'une religieuse ordinaire. Alors, j'ai voulu savoir ce qui a rendu leurs idées si attirantes. Ces idées n'étaient pas exceptionnelles. Elles étaient même fort traditionnelles. Pourquoi alors, la formulation de leurs convictions a-t-elle eu un effet si profond ?
Ce que j'ai découvert est quelque chose que je pense être presque universel. Ils ont examiné de très près ce qui se passait autour d'eux, ainsi que toutes les institutions, et leur vision est devenue plus claire. Ils ne se sont pas fait d'illusions. De plus, ils avaient la capacité de se projeter dans l'avenir et de traiter les quatre aspects que je pense essentiels pour comprendre quoi que ce soit : comment les choses étaient (l'histoire), comment elles sont aujourd'hui, ce qu'elles pourraient devenir ou bien dans quelle direction elles évoluent, puis comment elles devraient être.
Ils avaient la capacité d'élargir leur horizon en se demandant " comment les choses devraient être " dans l'avenir, et de décider comment elles devraient être.
Une observation intéressante est que, presque sans exception, ils n'ont pas commencé par prêcher. Ils ont commencé par vivre comme si leur vision était déjà la réalité. Ils ont profondément changé leur façon de vivre en se disant " je ne suis pas obligé de vivre comme je le fais aujourd'hui. "
Mère Teresa disait : " Je peux m'adresser à un mendiant dans la rue et lui dire que Dieu l'aime et l'aider à mourir dans le respect et dans la dignité. Cela je peux le faire. " N'est-ce pas ? Une fois qu'ils avaient commencé à vivre comme si ce qui devrait être était vrai, une authenticité attirante se dégageait d'eux.
La théorie de la complexité l'appellerait " attracteur étrange ", une légitimité, une authenticité.
Ensuite seulement, ils en parlaient. Ils ne doutaient jamais, quel que soit l'obstacle ou la condamnation. Beaucoup d'entre eux sont morts parce qu'ils ne pouvaient pas vivre autrement. Certains ont été assassinés. Je ne pense pas que ces personnes étaient uniques. Je pense que cette capacité se trouve dans chaque être humain. Nous n'avons qu'à nous mettre en relation avec elle. Et commencer à agir.
WIE : Votre travail nous appelle à grandir, à nous étirer considérablement, en partie parce que vous vous adressez au niveau collectif. Par définition, ce qu'un groupe de personnes peut accomplir est au-delà de ce qu'un individu peut imaginer ou contenir. Cela semble nous appeler à libérer quelque chose de notre nature sur quoi nous n'avons fondamentalement aucun contrôle.
DH : Ce qui est libéré, et ce qui émerge, est ce que la théorie de la complexité appellerait un phénomène naissant.
Quelque chose commence à surgir dans des milliers d'endroits différents et personne n'en connaît l'origine. La conscience dont j'ai parlé ici est un phénomène naissant.
Des organisations chaordiques vont naître. Il n'y a pas d'alternative.
La question est la suivante : vont-elles naître dans l'esprit du modèle newtonien d'effondrement, de destruction et reconstruction, démolir le bâtiment, en construire un autre ou vont-elles prendre une direction totalement différente ?
Par exemple, il y a des architectes qui disent qu'un bâtiment devrait être un objet vivant qui évolue en harmonie totale avec la nature. Et ils arrivent à le réaliser. Cette façon de penser émerge presque partout, dans des lieux surprenants.
Mais elle n'émerge pas assez vite pour être en phase avec la croissance de la complexité et de la diversité sociétales dont j'ai parlé. Elle va les rattraper peut-être, mais nous n'en sommes pas encore là.
Suite et fin de l'interview :
Nous sommes sur le fil du rasoir
L'interview complète
Auteur de l'interview : Revue "What Is Enlightenment?"
Interview reproduite avec l’aimable autorisation de la revue "What Is Enlightenment?" et traduite par l’équipe de WIE France.
|