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Entretien avec Dee Hock : Définir les Buts et Principes d'une organisation

Rédigé par Notre Invité

Avec l’aimable autorisation de la revue "What Is Enlightenment", Coaching Avenue reproduit une interview de Dee Hock, fondateur et ancien PDG de Visa nous parle dans cette cinquième partie de l'interview de la nécessité pour les organisations de définir leurs buts et leurs principes.



WIE : Comment un groupe de personnes peut-il apprendre à réfléchir d'une façon différente à un niveau collectif ?


DH : Il faut vraiment s'interroger profondément.

J'ai passé des mois et des mois à me poser la question : " Qu'est-ce qu'une organisation ? " Quand je parle d'un changement institutionnelle et organisationnel, de quoi je parle ? Qu'est une organisation dans son sens le plus profond ?

Il ne s'agit certainement pas seulement d'un jeu de règles, parce que je peux écrire un certain nombre de règles, les mettre dans un tiroir et ce ne sera plus qu'un vieux tas de papiers.


Si vous y réfléchissez vraiment en profondeur, vous découvrez que toute les institutions, sans exception, n'ont d'autre réalité que dans votre esprit.

Leur existence réelle ne se trouve pas dans leurs bâtiments, ils n'en sont que la manifestation. On ne la trouve pas non plus dans leur nom, ni dans leur logo, ni dans un papier fictif qu'on appelle certificat. Elle n'est pas dans l'argent non plus. Leur existence réelle est un concept mental autour duquel des gens et des ressources se rassemblent à la poursuite d'un but commun.

Suivons encore un peu ce raisonnement.


Si l'institution n'a pas d'existence réelle en dehors de votre mental, de celui de vos associés ou des autres personnes qui s'adressent à elle, quelle est donc sa véritable nature ? Quelle est sa véritable force ?


Ceci m'a amené à me dire que dans le cœur et dans l'âme de toute organisation, du moins toute organisation saine, on trouve un but et des principes. Quel est le but qui nous a rassemblés et quelles sont nos convictions sur la façon de nous conduire afin d'y parvenir ?

Si nos croyances sont basées sur le vieux modèle de commandement et contrôle du sommet vers le bas, avec la spécialisation, les privilèges, et le profit avant tout, notre organisation au bout d'un moment deviendra toxique. Elle deviendra contraire à l'esprit humain et destructrice pour la biosphère. Les preuves en sont partout.


Votre organisation a besoin d'être très claire sur son but et ses principes et doit se préoccuper de savoir ce qu'est un but et ce qu'est un principe.


Vous savez, un but n'est pas un objectif, ce n'est pas la formulation d'une mission, un but est l'expression sans ambiguïté de ce que des personnes souhaitent devenir ensemble.

Et un principe n'a rien d'une platitude, c'est une conviction fondamentale sur la façon dont vous avez l'intention de vous conduire dans la poursuite de ce but.

Vous devez être très précis sur ces points. Si votre but et vos principes sont constructifs et sains, alors votre organisation va prendre une forme différente de tout ce que vous aviez imaginé. Elle va libérer l'esprit humain et va être constructive pour la biosphère.

Du capital naturel et humain va se libérer en abondance et les questions monétaires auront relativement peu d'importance. En d'autres termes, je pense que le but et les principes, clairement compris et articulés, et partagés, constituent le code génétique de toute organisation saine.


C'est dans la mesure où le but et les principes sont partagés que l'on peut se passer de commandement et de contrôle.


Les personnes impliquées vont savoir comment se conduire en accord avec ces buts et principes, et elles le feront de mille manières inattendues et créatives. L'organisation va devenir un organisme de convictions, un organisme vivant.

Mon expérience m'a montré qu'il est difficile de susciter chez les gens un intérêt soutenu sur ces questions, il n'y a jamais assez de métaphores pour les aider. Notre capacité de réflexion est limitée et les plombs peuvent sauter. Il faut se reposer, remettre des plombs et y revenir. Et on tourne et retourne sans cesse le sujet.

Mais quand on trouve un groupe de gens qui se met à vraiment comprendre l'organisation chaordique, alors les individus explosent littéralement d'énergie, d'excitation et d'enthousiasme, ils savent ce qu'il faut faire. Vous savez, c'est dans leur nature. Vous ne pouvez pas arrêter ce mouvement.

Pour revenir à la question de la transformation, vous pouvez constater que, à cause de ces quatre cents ans de conditionnement intense, nous avons appris à avoir peur du changement. Si vous vous trouvez dans une société et/ou une organisation rigide, mécanique, basée sur la loi linéaire de cause à effet, alors tout changement engendre une crise de dévalorisation de soi. Le changement détruit notre identité, notre sens de l'être, nos repères dans le temps et dans l'espace. Nous ne sommes jamais certains que nous allons avoir un rôle de valeur dans le nouvel ordre des choses. Nous nous laissons terrifier à tort. Mais, mon Dieu, ce peut-être l'aventure la plus grande, la plus excitante qui soit jamais arrivée à l'espèce humaine.


Suite de l'interview :

Changement organisationnel et changement individuel indissociables

L'interview complète


Auteur de l'interview : Revue "What Is Enlightenment?"

Interview reproduite avec l’aimable autorisation de la revue "What Is Enlightenment?" et traduite par l’équipe de WIE France.