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Le coaching : une psychothérapie déguisée ? (1/2)

Rédigé par Stéphanie Féliculis

Nous allons évoquer le rapprochement entre le coaching et les psychothérapies. Même si le titre de cet article est volontiers provocateur, notre but est toutefois d’explorer, avec quelque sérieux, les points communs et différences entre ces deux champs.

Aujourd’hui, le coaching se développe de plus en plus dans le grand public. Certains y font même appel en le finançant eux-mêmes (rappelons qu’au moment de son premier de son essor, il s’est plutôt développé dans un contexte professionnel avec des financements de l’entreprise.

Des appellations apparaissent maintenant, comme le « life coaching », qui brouillent d’autant plus la limite avec les psychothérapies plus classiques. Quand on interroge des coaches sur les différences entre ce qu’ils font et ce que font les psychothérapeutes, ils ont tendance à répondre un peu vite à mon sens, qu’ils ne vont pas explorer la vie personnelle du sujet ni son passé, différences qui m’apparaissent insuffisamment discriminantes pour spécifier ces deux champs.

Le but de ces articles est donc de faire le point sur les différences et les points communs entre ces deux pratiques, dans un contexte social où le statut de psychothérapeute est en discussion et où le coaching pourrait constituer une voie de repli pour les praticiens «ne pouvant-plus-s’intituler-psychothérapeutes ».

Je pars ici de mon expérience double de psychothérapeute et de coach et mes propos m’engagent évidemment que moi.

Mon objectif est ici de montrer les convergences de ces deux pratiques et de poser l’hypothèse du coaching comme mode d’accès possible à la psychothérapie.

Après avoir rappelé les objectifs et les éléments du cadre de ces deux pratiques, nous insisterons sur les différences fondamentales entre coaching et psychothérapie.

Quand on feuillette quelques ouvrages classiques traitant du but des psychothérapies, on y trouve, par exemple, J. Thuillier, qui déclare, au sujet des personnes suivies en psychiatrie, que « certains ont prétendu que la tâche du psychiatre est toujours, en son sens ultime, la restauration du patient comme sujet. D’autres, comme H. Ey, que la « psychiatrie étant « pathologie de la liberté », la thérapeutique psychiatrique devait être « pédagogie de la liberté » (p 273. J.Cottraux définit, quant à lui, « Elles (les thérapies comportementales et cognitives) mettent l’accent sur l’utilisation d’une méthodologie expérimentale afin de comprendre et de modifier les troubles psychologiques qui perturbent la vie du patient et qui suscite une demande auprès d’un spécialiste de santé mentale » (p 3).

Dans un cadre psychothérapeutique ne relevant pas nécessairement du champ de la santé mentale, quand B. Dollé-Monglond explique l’intérêt de travailler avec les familles, elle spécifie plusieurs finalités thérapeutiques qui sont de « rendre la famille « actrice », « aider les parents à aider les enfants », « instaurer un lieu de parole en présence d’un tiers » et « permettre l’individuation » (p 161 à 166.

Si, de l’autre côté, on se tourne vers les définitions qui sont données du coaching dans un support faisant un minimum consensus, on lit en toute première page de l’annuaire de la Société Française de Coaching de 2004, « le coaching est l’accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels.

Dans la version 1998 de cet annuaire, on trouvait la définition suivante, le coaching est « un accompagnement d’une personne à partir de ses besoins professionnels pour le développement de ses potentiels et de ses savoir-faire. On voit qu’entre les deux dates, disparaît la notion de partir des besoins individuels, fussent-ils professionnels, qu’apparaît la notion d’accompagnement collectif et qu’est recadré ou précisé le fait que cela s’inscrit dans le contexte d’ « objectifs professionnels (comme si cela marquait une crainte de dérive ?


Ce que ce rapprochement de ces quelques définitions met en évidence


Ce rapprochement de ces quelques définitions nous permet de mettre en évidence que :
- La psychothérapie s’adresse à la personne en souffrance et porteuse de symptômes plus ou moins explicites alors que le coaching concernerait la personne « saine ». Le conditionnel est évidemment une façon de nuancer mon propos, puisque dans la pratique et le secret des entretiens de coaching, énormément de souffrance non dite et non toujours sue du sujet trouve à s’exprimer. On peut donc considérer que ces deux pratiques partagent un objectif commun de mieux-être pour le sujet qui en bénéficie, même si l’état de celui-ci diffère quantitativement au départ, selon qu’il a accès à l’un ou l’autre cadre. Il est toutefois vrai qu’au moins dans un premier temps, la psychothérapie va avoir un objectif de soulagement plus marqué, alors que dans le coaching, on pourrait dire qu’il n’est qu’un bénéfice induit de l’accompagnement, même si cela n’est pas rien, d’après ce qu’en évoquent les clients en coaching.
- De plus, les deux pratiques visent à une restauration d’autonomie de l’individu voire à son développement ainsi qu’à un renforcement de la personne et de ses ressources, même si cela n’est pas toujours aussi explicitement nommé dans le coaching (Cf. mon enquête sur le coaching de 2000, où a été mis en évidence que « bien que cela a été difficile à formuler explicitement pour la plupart des coaches interrogés, la grande majorité poursuit un objectif général d’autonomie du client. A cet objectif s’assortit fréquemment une finalité de mieux être, de développement de la créativité personnelle du client et d’accroissement de sa liberté de choix (p 38).
- Une différence plus sensible porterait sur la centration plus exclusive du coaching sur le cadre professionnel. Toutefois, on sait bien qu’un client peut venir en psychothérapie avec une demande portant aussi assez clairement et majoritairement sur sa vie professionnelle (insatisfactions diverses, problèmes relationnels, plainte de harcèlement, etc. La différence porterait donc davantage sur l’objectif partagé par le sujet bénéficiaire du coaching et son employeur (financeur majoritaire des actions de coachings) d’atteindre une certaine forme d’efficacité professionnelle et d’adaptation comportementale. A mon sens, la différence principale ou même heuristique résiderait donc, non dans le fait qu’un client souhaite des résultats rapides et quantifiables, ce qu’il peut atteindre avec certaines approches psychothérapeutiques, mais qu’il présente cette attente, dans le réel, en même temps qu’un tiers, avec lequel il se trouve dans une situation de subordination légale, tiers qui finance le plus souvent l’action de coaching. Ce point d’une finalité adaptative dans un terme relativement court (la durée d’un coaching en moyenne est d’environ 9 mois) peut certes être présent et dans les psychothérapies tout venant et dans la cadre des suivis en santé mentale, toutefois il constitue un but privilégié en coaching qui nécessiterait plus de développement et de recherches.
- Une différence de finalité peut aussi porter sur la part relative consacrée à la compréhension de soi et de ses mécanismes de fonctionnement dans les buts du coaching, mais on entre là un peu dans une question à la frontière de celle du cadre et des moyens, que nous allons évoquer maintenant.

En ce qui concerne donc le cadre d’intervention de deux champs, nous pouvons choisir de les décrire en évoquant en premier lieu ce qui caractérise un professionnel de l’accompagnement, c’est-à-dire en spécifiant son cadre qu’on pourrait qualifier d’ « intérieur ». Il est doté, même si cela n’est pas toujours explicite pour lui :
- d’une philosophie de l’homme dans le monde (Cf. J.-M. Robine pour lequel « chaque école de psychothérapie a une conception explicite, ou plus fréquemment implicite, de la nature humaine (…) », p 17), philosophie de l’homme, dont on pourrait préciser, qu’elle concerne l’homme sain et pathologique ou dans un vocabulaire plus « coaching », l’homme fonctionnel et dysfonctionnel dans le monde de l’organisation,
- de théories descriptives et explicatives des phénomènes qu’il observe et décode, plus ou moins activement avec ses clients,
- de méthodes et outils, d’un cadre pratique de travail (durée et lieu des séances, etc.)
- et de stratégies d’intervention.

Sur ces différents plans, je pense que les deux types de praticiens ne diffèrent pas radicalement. J’avais déjà eu l’occasion de mettre en évidence, dans l’article cité ci-dessus, auprès d’un échantillon de vingt et un coaches confirmés qu’ils semblaient se regrouper en deux modèles identitaires, les « intuitifs » et les « conceptuels », p 43. On peut faire l’hypothèse que les psychothérapeutes pourraient relever eux aussi d’une telle typologie grossièrement ébauchée.



D’autres points communs entre les deux champs pratiques semblent présents :

- la nécessité d’une demande du client, qui n’est pas présente d’emblée dans les deux cas et doit être travaillée par le praticien. Ceci est autant vrai du psychothérapeute accueillant un jeune envoyé par ses parents, par exemple que du coach accueillant un manager envoyé par son DRH ou son supérieur.

- l’instauration d’une relation privilégiée à l’accompagnant, dont l’utilisation active par le praticien est variable, mais l’effet modélisant et moteur de changements toujours présent, à mon avis

- le fait que les deux pratiques utilisent comme support privilégié l’entretien individuel non jugeant, ainsi que l’usage plus ou moins explicite de grilles de lecture théorique sous forme d’interprétations voire de conseils au client.

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Auteur de l'article : Stéphanie Feliculis
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