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Le coaching : une psychothérapie déguisée ? (2/2)
Rédigé par Stéphanie Féliculis
La première partie abordait les points communs entre coaching et psychothérapies, regardons maintenant leurs différences.
Une différence intéressante porte sur la formalisation d’un contrat de départ en coaching.
Certains coaches peuvent passer plusieurs séances à aider le client à définir ce qu’il attend de l’accompagnement. Ce travail est ensuite repris dans un protocole d’évaluation finale. Toutefois, cela existe aussi dans certaines approches psychothérapeutiques comme les TCC ou la PNL. De plus, certains coaches n’entrent pas dans une telle formalisation du contrat. On pourrait d’ailleurs s’interroger si l'insistance sur l'existence de ce contrat en coaching n’a pas entre autres pour fonction de bien marquer une frontière entre coaching et psychothérapie, pas si claire que ça.
Ainsi, il me semble que les différences intéressantes ne portent pas entre coaching et psychothérapies, ni bien sûr dans la question limitée de l’utilisation faite d’informations portant sur la vie personnelle et le passé des sujets, mais qu’elles sont davantage transverses à ces deux pratiques. Il me paraît éclairant de distinguer les types de praticiens, qu’ils soient coaches et psychothérapeutes, sur deux critères pratiques, sur :
- comment l’engagement du praticien est pensé et utilisé d’un côté,
- et sur quelle part l’intervention du praticien recèle-t-elle de directivité.
On pourrait tenter ainsi une synthèse en reprenant quelques grands courants théoriques de la psychothérapie utilisés tant en psychothérapie qu’en coaching :
a- Praticien non directif et neutre
- Psychanalyse
- Analyse transactionnelle
- Approche non directive de Rogers
- Psychologie trans-personnelle
b- Praticien directif et neutre
- Théories comportementalo-cognitives
- PNL
- systèmie
- hypnothérapie
- relaxation
c- Praticien non directif et engagé (n'existe pas, à ma connaissance ?)
d- Praticien directif et engagé : Gestalt-thérapie
Dans la liste qui précède, j’entend par « praticien neutre » le fait que les « éléments transférentiels » entre le client et son coach ne sont pas utilisés explicitement dans la conduite de l’intervention, même s’ils sont éventuellement analysés par le praticien. On devrait être plus précis et mettre à cheval entre neutre et engagé, les praticiens qui analysent et utilisent la relation tissée entre praticien et client, comme cela existe en systèmie, PNL et psychanalyse. En Gestalt, cet engagement du praticien est, en revanche, explicitement reconnu et utilisé comme outil de compréhension et de changement dans l’accompagnement, soit en coaching, soit en psychothérapie.
Quand je parle de directivité pour désigner ces courants, j’évoque évidemment l’attitude générale qu’on peut globalement prêter à ces différents courants. On peut bien sûr être psychanalyste et assumer voire revendiquer dans sa pratique une certaine forme de directivité, ça n’est toutefois pas ce qui est reconnu au niveau global de ce champ.
Cette proposition de synthèse me paraît intéressante tant pour aider les praticiens à se positionner dans l’analyse de leurs pratiques réelles de travail.
Si on regarde plus en détail les modèles théoriques utilisés en coaching par comparaison avec le champ psychothérapeutique, mon expérience me fait dire que les approches systèmiques et outillées comme la PNL sont assez souvent représentées en coaching (quand les coaches peuvent formaliser les modèles qui influent sur leurs pratiques et ne se situent pas uniquement au niveau d’une description des « outils » pratico-pratiques employés. On serait donc plutôt dans des approches descriptives et dans l’actuel, évitant, en effet majoritairement, la question du passé. Il me semble à l’inverse que sur le plan des attitudes, beaucoup de coaches se situent plutôt sur le modèle classique de la neutralité bienveillante et non directive, emprunté au modèle psychanalytique. Je pourrais même me risquer à avancer que certains professionnels en coaching semblent fonctionner dans cet emprunt sans utiliser par ailleurs l’hypothèse d’éléments de transfert entre coach et client qui seraient à analyser. On serait là en coaching dans des synthèses tout à fait personnelles, dont l’efficacité en terme de changement produit est avérée (sinon, le coaching, outil cher, ne se développerait pas autant qu’il le fait), mais on peut s’interroger sur la part maîtrisée par les praticiens de ces effets produits. On retrouve-là un autre point commun entre coaches et psychothérapeutes, dans la question de leur formation et de leurs outils d’intervention. Je ferais toutefois volontiers l’hypothèse qu’est évacuée un peu vite en coaching la question du transfert et du passé du sujet, certes peut-être par reconnaissance du manque d’outils conceptuels des praticiens pour le traiter, mais peut-être aussi dans une économie de réflexion sur le rôle que joue le coach vis-à-vis de son client, créant-là une tâche aveugle chez le coach.
Par ailleurs, chaque praticien, quelque que soit son champ de référence, a aussi à se positionner par rapport à la question du rôle de « conseil » que tout client ne manque pas de vouloir lui faire jouer. Autant le champ psychothérapeutique est avancé parce qu’expérimenté sur cette question, par exemple en distinguant psychothérapies et entretiens de soutien, autant dans le champ du coaching, encore jeune, les praticiens se dénommant coaches et pratiquant en fait le conseil individuel sont légion et pas toujours facilement repérables de leurs homologues qui se centrent, quant à eux, sur de l'accompagnement. Je me demande d’ailleurs si les coaches profitent assez dans leur formation et dans leur supervision personnelle de tout le savoir accumulé dans le champ de la pratique psychothérapeutique et s’ils ne se privent pas, un peu défensivement, de richesses en éloignant loin d’eux les psychothérapies et leur savoir pratique. Si mon questionnement est juste, il y aurait donc intérêt à promouvoir des maillages entre les deux types de praticiens.
Après avoir passé en revue les praticiens sous l’angle de leurs interventions, regardons maintenant ce qui ressort de leurs parcours professionnels. Pour rester dans cette idée de croisement entre les pratiques, en fait, on voit un certain nombre de psychothérapeutes en venir au coaching pour des motivations variées et inversement, il n’est pas rare que des praticiens du coaching issus de l’entreprise s’engagent, au bout de quelque temps de métier, dans une formation pour devenir psychothérapeute.
Je constate cette même ouverture chez les clients en coaching. Que ceux-ci aient bénéficié d’un coaching payé par leur entreprise ou qu’ils l’aient financé eux-mêmes, j’ai accompagné deux types de personnes, ceux qui avaient déjà pratiqué un travail sur eux-mêmes et ceux pour lesquels la réflexion sur soi était une nouveauté. Ceux qui disposaient d’un espace de travail en psychothérapie, utilisaient en coaching un cadre circonscrit pour eux au monde professionnel, mais dont ils goûtaient le fait qu’il soit articulé avec ce qu’ils pourraient approfondir par ailleurs. La population des « novices » est intéressante. En effet, j’ai souvent eu à travailler en tant que coach avec un public qui n’aurait peut-être jamais consulté en privé, hommes du monde industriel où on ne parle pas de ce qui est considéré comme des faiblesses, managers formés à l’école du « je dois faire tout seul » par exemple. Le discours de « découverte d’un monde» qu’ils tiennent souvent en fin de coaching est touchant. Ils verbalisent vraiment avoir démystifié et dédramatisé le fait de se questionner sur soi et certains m’ont même déclaré qu’ils n’hésiteraient plus à l’avenir à consulter un psychologue, même pour leurs enfants. Enfin, une portion de cette catégorie choisit de poursuivre le travail engagé en coaching et débute alors une psychothérapie, à titre personnel.
On voit la richesse de ce rapprochement des deux champs tant pour les praticiens que pour les clients. J’espère avoir contribué à montrer que coaching et psychothérapie sont plus proches qu’il n’y paraît et que les coaches veulent rationnellement le croire. Ces deux types de pratiques professionnelles me semblent traversées par les mêmes questions autour de la formation des professionnels, du savoir plus ou moins explicite sur leurs pratiques et des mêmes tentatives d’organisation et de labellisation des praticiens. Il est vrai cependant que le coaching, en tant que jeune pratique, a à s’interroger sur les emprunts plus ou moins conscients et cohérents qu’il réalise aux courants et modèles attitudinaux des psychothérapies, si on se situe dans le modèle où « être professionnel consiste à penser ce qu’on fait ». Il me semble aussi incontournable, comme je l’avais déjà pointé en 2000, que la question éthique de la participation à l’adaptation comportementale soit davantage posée dans le champ du coaching, eu égard à ce qui relève pour moi de la différence fondamentale entre coaching et psychothérapie, à savoir l’impact des attentes explicites ou, à tout le moins, de la pression du « tiers » financeur sur le bénéficiaire de l’accompagnement.
Pour en savoir plus
S. Féliculis Yvonneau,
Pratiques d’évaluation du changement en coaching individualisé : enquête, questions et mise en perspective, in Pratiques psychologiques, 2000, 2, p 33-47
S. Féliculis Yvonneau,
Qu’est-ce qui fait que le coaching, ça marche ?
Auteur de l'article : Stéphanie Feliculis
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