|
Le coaching en question – phénomène de mode ou réponse à un besoin des managers
Rédigé par Yves Richez
Extrait du dossier "Le coaching en question" dans la revue Qualitique du mois de mars 2005 - n° 165
Coaching, Art, méthode ou technique ?
Il est considéré communément que le coaching, est une technique d’accompagnement. Peut-être est-ce là que commence l’amalgame. Aussi, est-il intéressant de se rappeler l’origine de ces termes, ce qu’ils veulent dire exactement et positionner le coaching en fonction.
Art : Ce mot vient du latin ars, artis qui signifie (chez Ovide) une « façon d’être, une façon d’agir ». Mais aussi, activité qui tend à la création. Ars a pris en latin le sens « d’habileté acquise par l’étude et la pratique, et celui de Talent, opposé à natura, à ingénium, à scienta puis est passé au sens de métier (mestier), profession (professio)».
Méthode : Méthode, vient du bas latin methodus «direction qui mène au but», «procédés raisonnés sur lesquels reposent l’enseignement, la pratique d’un art».
Technique : technique vient du grec teknikus «maître d’un art, d’un métier», teknikos, «exposé des règles d’un art, d’un métier, propre à une activité réglée, habileté à faire, manière de faire, moyen».
Accompagnement : Le verbe accompagner, signifie « prendre pour compagnon », puis « se joindre à qqn », ceci dans la notion de déplacement en commun. Détail étymologique en index.
Pourquoi s’arrêter sur ces mots ? La précision. La précision permet de mieux orienter la réflexion, l’action.
Le coaching est une forme d’accompagnement, il y en a bien d’autres que nous verrons dans quelques instants, mais il semble difficile de considérer le coaching comme une technique. Le coaching, en effet, se définit en tant que forme d’accompagnement, comme le mentorat, le tutorat, le compagnonnage, entre autres. Le coaching se positionnerait alors plus comme un art, soit, selon l’étymologie, une façon d’être et d’agir qui tend à la création. Pour cela, nombreuses sont les méthodes pour y arriver. En France (ref, notre étude sur le coaching dans le monde), les méthodes les plus utilisées restent les approches « psy » : Programmation Neuro Linguistique, Analyse Transactionnelle, MBTI, Gestalt, Palo Alto, approche systémique etc. pour ne citer que les plus courantes et les plus légitimes en terme de certifications. […] Toutefois, ces méthodes, ces procédés raisonnés sur lesquels repose l’enseignement du coaching, sont pertinentes si elles restent dans cette logique, c'est-à-dire, pas autre chose que des méthodes. Enfin, les techniques sont et restent l’exposé, mais aussi les règles qui structurent et composent l’art.
Ainsi, il semble plus ouvert de considérer le coaching comme un art d’accompagnement pour lequel il existe des méthodes, structurées par des techniques. Car si l’on considère le coaching comme une technique, il ne reste donc de place qu’aux techniques… donc celles les plus connues ou mises en avant. C’est peut-être là, l’une des raisons pour lesquelles le marché du coaching a tant de mal à se positionner, à se clarifier, à se structurer. On ne structure pas une technique, car elle l’est déjà, alors on l’impose.
Coaching, une démarche professionnelle, une philosophie de vie
Dans l’article une dizaine de définitions ont été proposé. Il paraît important de considérer le coaching dans son sens d’origine (hors étymologie), c'est-à-dire issue du sport. Il semble hasardeux de considérer le coach uniquement dans les critères actuels définis par la plupart des écoles de coaching, c'est-à-dire sans action sur le coaché à part le questionnement.
Le coach, par exemple, peut « tenir conseil» (le « tenir conseil » est une délibération en vue d’agir, A. Lhotellier, Tenir conseil, 2001) en opposition à donner des conseils, former (voir ci-après – dans l’article), agir, créer le mouvement chez l’autre. Le coaching abordé avec les théories et méthodes de la psychologie traditionnelle et/ou psychothérapeutique, même si elles sont intéressantes et pertinentes, peut sembler aussi incomplet (ref art, technique méthode). Une approche déductive eusse sembler plus appropriée qu’une transduction (prise dans son sens premier : W. Stern, action de faire passer d’un point à un autre, Piaget, réf. pensée infantile) qui, dans ce cas semble hâtive.
Notre corps professionnel peut parfois oublier que le coaching ne peut dissocier le corps de l’esprit (Damasio, l’Erreur de Descartes, 1994), puisque le coaching puise ses sources dans cette origine. C’est là faire preuve d’humilité en se le rappelant. Sinon nous prenons le risque de l’arrogance, ce qui étymologiquement signifie : celui qui ne se pose plus de question. Si nous ne nous posons plus de question sur nos pratiques, nous tombons alors dans le dogme de pensée, dimension incompatible avec l’esprit du coaching.
Coaching & Formation
Formation vient du latin forma, qui a développé le sens général d’« apparence sensible ». Cela désigne, « ce qui donne sa forme à ». Former dans son sens latin formare « donner une forme » possède aussi le sens de « créer », et par extension « émettre hors de soi, formuler», mais aussi « concevoir par l’esprit, faire exister ». Dans le coaching, il est communément dit que le coach ne forme pas. Une telle affirmation peut, là encore, sembler rigide. Le coach peut avoir une action de forma-tion. C'est-à-dire, qu’il « aide » le coaché à dessiner les contours de son projet de vie (qu’il soit professionnel et/ou personnel). Lorsque les questions ne permettent pas à l’accompagné de se positionner, le coach peut intervenir pour apporter la forma nécessaire (Il y a bien une distinction entre une formation où il y a une transmission de savoirs et une formation dans le coaching où le coach met le coaché en relation avec son savoir). C’est là l’amalgame le plus important entre une approche thérapeutique et une dimension d’accompagnement (posture de coach).
[…]
Coaching et histoire de vie
L’aspirant à faire du coaching son métier, doit, selon les règles éthique et déontologique de la profession faire un travail sur lui. Le travail psychanalytique reste encore souvent la voie recommandée voir demandée pour cela. Ce qui est important, c’est que le coach soit construit, fondé, ancré. Pour cela un travail sur son histoire de vie, au travers de réflexion sur des récits de vie reste une voie intéressante.
Quelques repères sur l’histoire de vie :
« Si l’on cherche à identifier quelqu’un, on le réduit » Christophe Niewiadomski
[…] A chaque auteur, sa définition...
Gaston Pineau : « une recherche et une construction de sens à partir de faits temporels personnels et collectives ». Selon Gaston Pineau, c’est aussi une «révolution paradigmatique, en reconnaissant à l’homme ordinaire des capacités de conscience critique, d’initiative et d’action historique, et donc de partager avec des rapports de pouvoir-savoir sur la vie. »
Alex Lainé : «L’Histoire de vie se constitue à partir d’un récit de vie, dont la cohérence est assurée par le choix d’un certain nombre de faits centraux qui font sens pour le narrateur. Puis dans un second temps, un travail d’analyse de réflexion et d’échange aboutit à la construction d’une totalité intelligible ; l’histoire de vie proprement dite».
Paul Ricoeur : « Le soi de la connaissance de soi n’est pas le moi égoïste et narcissique… il est le fuit d’une examinée, selon le mot de Socrate dans l’Apologie. Or une vie examinée est, pour une large part, une vie épurée, clarifiée, par les effets cathartiques des récits tant historiques que fictifs, véhiculés par notre culture. L’ipséité est ainsi celle d’un soi instruit par les œuvres de la culture, qu’il s’est appliquées à lui-même »
[…]
Coaching et/ou thérapie :
S’il y thérapie, thérapeutikê, « prendre soin de », « prendre soin d’un malade », à partir de 1848, Balzac, « l’ensemble des moyens de traitement convenant à un cas particulier » Aujourd’hui, « personne qui soigne les malades ») c’est qu’il y a soin, donc une autre posture que le coaching, en effet la thérapie à pour action de débloquer le nœud qui immobilise le développement de la personne dans un passé plus ou moins proche. Réfléchir à son passé, toutefois, ce n’est pas faire de la thérapie, car un élément négatif lié à ce passé n’est pas forcément un élément bloquant. […]
En travaillant sur son histoire de vie, le futur coach dessine la « Forma » de son être, il ouvre ainsi des espaces sur sa pratique, sur son histoire (pratique réfléxive D. Schön, praktikos, « habitué, ou propre à agir efficace ») en se réappropriant ses savoirs, devenus ainsi, connaissance. La connaissance, essence de la forma-tion va dans le sens du potentiel, c’est un mouvement prospectif. A l’inverse, la thérapie va dans le sens de résolution de problème, c’est un mouvement rétrospectif (MC Thibault) Le coach, en travaillant sur son histoire de vie permet de socialiser un récit d’expérience (différence avec l’histoire de vie, le récit de vie induit une dimension chronologique, avec une début et une fin), lui permet de conscientiser ses savoirs (théoriques, existentiels, expérientiels, H. Desroche). Il catalyse ses potentiels pour transformer l’énergie (energia, « force en action, capacité à réaliser un travail, produire un phénomème ») potentielle en énergie cinétique. Soit… le mouvement vers demain.
Conclusion :
Parfois, il suffit d’un simple sourire, d’une simple question, d’un moment à marcher le long d’une rivière ou devant un beau monument, c’est s’arrêter et sentir le vent sur le visage, regarder celui que j’accompagne et lui dire : « tu sens, la Vie ? »
Alors, en définitive, le coaching. Je n’en Sais Rien.
Auteur de l'article : Yves Richez
ses coordonnées
Ses autres articles
http://www.success.tm.fr
|