|
La chronique du manager : Manager ou leader ? (1/2)
Rédigé par Fabienne Speck
La chronique du manager est rédigée par Fabienne Speck - Direction de la formation chez Ernst & Young
Aujourd’hui, il ne suffit plus de devenir un manager pour « réussir » dans le monde des affaires et de l’entreprise, comme dans celui de la politique ou de la religion .
Omniprésence dans la littérature et le langage du leader
Il est implicitement supposé, pour accéder au pouvoir, de savoir exhiber ce « supplément d’âme » qui fera dire de vous que vous êtes un leader, si possible assorti de l’adjectif « charismatique », ce qui peut paraître redondant aux puristes. Est-il en effet possible d’imaginer un leader sans charisme ? Même les plus apparemment humbles des leaders reconnus dans l’Histoire se sont distingués par une détermination farouche, une gouaille exceptionnelle ou une humilité tellement ostentatoire qu’elle frôlait paradoxalement le manque de modestie.
Nous pouvons constater qu’il existe sur le « leadership » au moins 15 634 livres en anglais, disponibles pour un seul prestataire bien connu de la librairie on-line, 362 livres en français et plus de 422 000 documents sur un moteur de recherche non moins connu sur le web. A bien y regarder, on peut y lire que le leadership renvoie aussi bien au sport, à la politique, à l’économie, aux affaires internationales, au management, aux relations interpersonnelles …
Et à bien y penser, on peut se demander si cette omniprésence dans la littérature et le langage n’est pas le signe d’une confusion dans les organisations … D’ailleurs le plus souvent, on voit directement associer « leadership » avec « autorité » ou « position dominante » sur un marché comme dans une relation.
Alors, qu’est-ce qu’un leader ?
L’Histoire illustre bien ce qu’être un leader peut vouloir dire, et plus particulièrement dans les moments critiques. Si, dans l’Histoire les leaders sont ceux qui vont à la découverte, pilotent des hommes et des projets et fédèrent dans l’action, l’approche de chacun d’eux a pu être radicalement différente tant dans leur style que dans la finalité de leurs choix et de leurs actes.
On ne pourra pas retirer à Robespierre ou Staline d’avoir été de grands leaders. Nous pouvons toutefois légitimement nous demander ce qu’ils ont reçu ou appris en partage avec Christophe Colomb, Jeanne d’Arc, Louise Michel, Martin Luther King, Gandhi, Carlos Ghosn(1) ou Carly Fiorina(2) … ?
Si un manager est généralement un responsable dont l’autorité est légitimée par une position formelle dans une organisation qui lui demande de passer maître dans l’art quotidien de planifier, organiser, contrôler et gérer, le leader émerge des hordes de managers - dont il peut même aller jusqu’à briser les codes - parce qu’il donne à voir sa capacité à influencer autrui, mobiliser les énergies ou prendre des décisions rapides, notamment dans des moments particulièrement difficiles.
Ce fut par exemple le cas de Rudolph Giulani, ancien maire de New York, tant dans son combat contre la criminalité, que dans celui contre son cancer en même temps qu’il vivait un divorce, et dans la pire attaque terroriste que les USA aient connu le 11 septembre 2001 où il s’affirma comme un leader plein d’humanité, au-delà de l’image de magistrat inflexible et froid qu’il avait entretenu dans sa lutte contre la délinquance new-yorkaise. Il est alors devenu pour bon nombre d’américains une icône du leadership en accédant en même temps à la figure de héros. Il y aurait donc quelque chose d’héroïque dans le leader. Quelque chose de plus, mais quoi ?
Naît-on leader ou peut-on le devenir ?
Alexandre le Grand a donné son nom à 70 villes, parcouru 30 000 km, unifié des territoires lointains. Il a cherché, selon Plutarque, à « assujettir à une seul forme de gouvernement l’univers tout entier ». Il se caractérisait, selon ses contemporains(3), par sa capacité de conviction, son art oratoire, son exemplarité dans les combats, la proximité avec ses troupes, sa capacité à s’inspirer des cultures et des pensées qu’il a rencontrées. Il a su parsemer son itinéraire de symboles qui parlent encore à l’imagination : le javelot de l’Hellespont, le noeud gordien, le manteau sur le corps de Darius … Dès son plus jeune âge il a été éduqué par Aristote, entraîné physiquement, sensibilisé aux Arts, à la poésie et à la médecine, forgeant son leadership sous les auspices de la philosophie, de la connaissance des Arts et des Sciences et du combat.
En revanche, rien ne semblait destiner Marc Aurèle à devenir un leader. Il a pourtant modifié en profondeur la société romaine en réformant audacieusement le droit civil. Il est reconnu autant comme homme d’état, que comme philosophe et comme stratège. Moins fringuant qu’Alexandre, doté d’une santé délicate, il s’affirma dans l’écoute, la patience et la modération qui marquent ses « Pensées pour moi-même »(4) dans la droite ligne du stoïcisme. A 12 ans il choisit de lui-même d’enfiler la robe de laine des philosophes au lieu de la tunique d’apparat des patriciens et décida de pratiquer l’ascétisme. Il se forma à l’école des Lettres et des Arts et s’il apparût comme un leader plus paternaliste, cela ne l’empêchât pas de mener deux grandes guerres contre les Parthes et les barbares germaniques quand il fallût marquer de son empreinte l’exercice de son pouvoir afin de poursuivre son oeuvre. Lui aussi, fût très jeune formé à l’art de l’éloquence et compensa sa vulnérabilité physique par la maîtrise du droit, de la littérature et par une culture générale exceptionnelle.
Bien des exemples mériteraient d’être regardés de plus près dans d’autres champs d’action que la politique ou la conquête de territoires car de nouveaux enjeux se présentent à nous en ce 3ème millénaire caractérisé par les nouvelles technologies qui servent l’accélération de l’échange d’informations, du partage du savoir mais aussi la dilution du pouvoir pour une majorité de spectateurs ignorants ou éberlués, et sa concentration sur une minorité d’acteurs aguerris. C’est la capacité à maîtriser l’information, intégrer rapidement les changements et à en maîtriser les enjeux comme les résultats qui donne du pouvoir.
Le leader est désormais celui qui sait donner des repères aux spectateurs jusqu’à les rendre acteurs d’un scénario dont l’issue est pourtant souvent imprévisible. Là, où le manager organise, le leader agite. Il passe de l’organigramme au réseau, de la stabilité à la flexibilité, de l’autorité à l’influence …
Suite de l'article :
Manager ou leader ? (2/2)
De la théorie à la pratique
Du leader au leadership
Pour en savoir plus :
(1) sur le très médiatique patron de Nissan, lire
Comment Carlos Ghosn a sauvé Nissan,
Davide Magee, Dunod, Paris, 2003
(2) égérie et présidente de Hewlett-Packard récemment limogée après avoir été ces dernières années l’icône du leadership féminin
(3) lire La véritable histoire d’Alexandre le Grand
textes réunis et commentés par Jean Malye, Les belles lettres, 2004
(4) lire Pensées pour moi-même suivies du Manuel d’Epictète
GF Flammarion, Paris 1992
Auteur de l'article : Fabienne Speck
Direction de la formation - Ernst & Young
Article également paru dans la revue Qualitique (Mars 2005 - n°165)
*********************************
Les consultants de Coaching Avenue accompagnent les individus et les
organisations en phase de changement ou de développement.
Vous pouvez contacter directement le coach ayant attiré votre attention par ses écrits ou faire une recherche selon vos critères dans l'annuaire.
Cliquez ici pour en savoir plus
Si nécessaire, Coaching Avenue, peut intervenir comme interlocuteur
unique pour coordonner une intervention plus complexe d'accompagnement du changement ou vous conseiller dans votre recherche de consultants.
Cliquez ici pour en savoir plus
*********************************
|