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Le changement : entre nécessité et plaisir
Rédigé par Fabienne Speck
Qu’on se le dise, le changement est à la mode ! On en a peur autant qu’on prétend l’accompagner, le piloter, le conduire ou le manager… La « conduite du changement » est la panacée des cabinets de conseil, la boîte de Pandore du management. Il fait couler beaucoup d’encre et abreuve les consultants de missions en tous genres.
Le langage lui-même rend compte de l’aspect protéiforme du mot.
On se change ou on prévoit un change ( vestimentaire) , on donne le change ( simulation) , on fait du change ( monnaie), on gagne ou on perd au change, on peut être changeant ( humeur), on change de vitesse ( voiture), de pas ( aéronautique), de main ( équitation), ou de pied ( chorégraphie) , on change d’avis comme de chemise ou de coiffure, on change d’état ( physique) ou de fréquence ( radio), on a besoin de changer d’air, on peut aussi changer d’avis et même changer sa vie…
En bref, on cède une chose pour une autre, on remplace, on rend différent, on se déshabille, on se rhabille, on ment, on avance ou on recule, on pense, on se déplace, on fait semblant, on parle, on innove, on modifie, on mute, on transforme, on varie, on altère, on corrompt, on évolue, on révolutionne ! … Et tout ça en un seul mot !
Le vocable « changement » vient du latin populaire cambiare, et présente donc un lien étymologique direct avec l’action de troquer.
Echanger quelque chose contre autre chose. Accepter de perdre quelque chose pour gagner autre chose. D’abord appliqué aux choses matérielles, le changement n’a pas tardé à concerner les personnes, leurs sentiments et …leurs habitudes. Car le changement nous sort de la routine et du confort.. Or, sans changement pas de progrès … Pas de risque non plus, me direz-vous … sinon le risque de ne se tromper qu’une seule fois en n’essayant pas !
Mais avant cela, le changement intime dont nous faisons malgré nous l’expérience c’est naître, vivre et mourir … sans présager de la suite … « Je suis morte déjà puisque je dois mourir » disait une célèbre Comtesse . Car le changement incarné dans l’Homme c’est avant tout grandir et vieillir sans rien pouvoir y faire qu’à retarder vainement l’échéance. Comment s’expliquer qu’au lieu de nous libérer, cette fatalité nous enchaîne et nous rend précautionneux, craintif, frileux.
On « résiste » au changement parce qu’il nous rappellerait notre condition mortelle. Un régal pour le psychanalyste ! Une rente de situation pour les religions qui promettent un au-delà. Qu’en serait-il du changement si nous avions l’éternité devant nous ?
Le problème du changement, c’est qu’il est devenu un concept incantatoire.
Ce qui lui fait perdre sa dynamique et le transforme en problème existentiel au lieu d’être une évidence qui s’incarne dans la Nature et dans l’Humanité
Il est devenu une idée abstraite que l’Homme se rassure à manipuler faute de le maîtriser dans le monde réel. Voilà donc qu’un jour, l’Homme s’est mis à penser le changement …
Le dossier complet :
Le changement : entre nécessité et plaisir
Petite histoire du changement dans la pensée
Le changement : une mission de consultant ?
Aborder positivement le changement : lucidité et pragmatisme
Les 10 clefs du changement
Auteur de l'article : Fabienne Speck
Direction de la Formation chez Ernst & Young
Article également paru dans la revue Qualitique (Avril 2005 - n°166)
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