Imprimer

Gérer son temps ou être géré par le temps ?

Rédigé par Fabienne Speck

Quand on envoie un collaborateur en séminaire de « Gestion du temps », je ne suis pas certaine qu’on réponde toujours à un vrai besoin.

Les problèmes de gestion du temps sont souvent les symptômes d’autres dysfonctionnements dont la cause peut se trouver ailleurs et notamment dans les défaillances des pratiques managériales.

Le culte de l’urgence (2) qui régit notre monde professionnel amène à confondre vitesse et précipitation, prône le « vite fait, bien fait ( ?)» et abolit le principe de précaution autant que le respect entre les personnes. Inutile de s’embarrasser de toutes ces fioritures qui font « perdre du temps ».

Je me demande combien de fois la qualité d’une relation construite sur le long terme ou le souci de vérifier quelques informations ont pourtant permis de résoudre plus rapidement un problème ou de sauver un contrat ?

Il faut dire que le règne du numérique encourage l’impatience puisqu’il nous habitue à accéder aux informations comme aux personnes en un clic. A cet égard il est intéressant de considérer le paradoxe de Solow (3) selon lequel l’informatique serait partout sauf dans les statistiques de productivité … Autrement dit que la révolution des NTIC (4) n’aurait pas l’impact des précédentes révolutions industrielles sur l’économie. Si l’on voit bien des ordinateurs partout, il reste à prouver que cela rende nos travailleurs plus productifs. Il suffit de voir notre désarroi quand « le réseau est planté », quand « le serveur est en panne » ou quand il faut donner son poste « à migrer ». Seul sur sa planche de bureau le manager se sent soudainement désoeuvré, habitué qu’il est à répondre dans l’instant à ses mails. C’est bien l’instantanéité qui est de mise. Le travail à rendre est toujours « pour hier » et nos cadres sont toujours pressés. Je connais plus de managers stressés par les délais que par le souci de la qualité du travail. Paradoxalement, nous allons de plus en plus vite et nous avons de moins en moins de temps. Le temps est le premier facteur de stress évoqué dans les enquêtes auprès des cadres. Rappelons-nous : « le temps c’est de l’argent ! ». A ce rythme il n’y aura plus personne pour en gagner et je me souviens de ce slogan qui nous avertissait de prendre garde à ne pas « perdre sa vie à la gagner ». Les jeunes cadres d’aujourd’hui ayant vu leurs parents travailler assidûment pour les résultats que l’on connaît ont fondé cette « bof génération » qui revendique de profiter des 35 heures par principe au risque de plomber l’économie mais qui cherche aussi simplement à rétablir un équilibre vie personnelle / vie professionnelle même si elle se trompe de moyens. Ce n’est pas en régissant les heures qu’on modifiera le rapport au travail des enragés du bureau, des hystériques de la présence, ou de quelques maris peu pressés de réintégrer la maison familiale pour des raisons qui ne regardent qu’eux.

Faisons donc faire la part des choses entre ce qui relève de notre façon personnelle d’appréhender le temps et les rythmes que nous imposent les croyances soi-disant entrepreneuriales de certains. Les managers et leurs équipes donneront d’autant plus volontiers de leur temps qu’il sera utilisé à bon escient et non pour satisfaire à des névroses …


Auteur de l'article : Fabienne Speck
Direction de la Formation chez Ernst & Young

Article également paru dans la revue Qualitique (Avril 2005 - n°166)


*********************************
Les consultants de Coaching Avenue accompagnent les individus et les organisations en phase de changement ou de développement.

Vous pouvez contacter directement le coach ayant attiré votre attention par ses écrits ou faire une recherche selon vos critères dans l'annuaire.
Cliquez ici pour en savoir plus

Si nécessaire, Coaching Avenue, peut intervenir comme interlocuteur
unique pour coordonner une intervention plus complexe d'accompagnement du changement ou vous conseiller dans votre recherche de consultants.
Cliquez ici pour en savoir plus

*********************************