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Dissiper le flou du mot 'créativité', par Guy Aznar

Rédigé par Notre Invité

Guy Aznar, co-organisateur avec Todd Lubart de la seconde édition du colloque international de créativité "Créa-Université" expliquait dans un article remis aux participants en quoi il est utile de distinguer les différents concepts cachés sous ce mot : « l’expression imaginaire », « la création artistique », « la création d’idées », « l’innovation » qui, d’une certaine manière, sont proches et, à certains égards, n’ont aucun rapport entre eux.


Le mot « créativité » est un mot flou et ambigu qui recouvre des contenus différents.

Issu du « creativity » américain utilisé par Guildford pour désigner cette étrange composante de l’intelligence qui permet de résoudre des problèmes en sortant des rails, le mot créativité s’est répandu comme une trainée de poudre, recouvrant d’un large manteau les territoires sémantiques voisins, tandis que la racine 'créa' qui évoquait la création artistique lui donnait une aura prestigieuse.


Guildford aurait-il parlé « d’inventivité » ou « d’intelligence divergente » que l’horizon de la « créativité » aurait été différent.

De fait, le territoire de la créativité est immensément étendu, avec au Nord, des frontières communes aux terres de l’imaginaire, irrigué par les sources des mythes et des archétypes, parcouru par les brumes de l’inconscient individuel et collectif, et au Sud, un paysage d’allées rectilignes avec des labyrinthes mathématiques où des savants un peu fous jouent aux dés tandis que des managers s’agitent pour déposer des brevets d’invention. Au passage le territoire est traversé par le fleuve de la création artistique aux innombrables affluents qui fascine les populations ébahies.

Parfois la créativité est planante, presque hallucinogène, parfois elle utilise le computer pour explorer cent mille brevets ; parfois elle repose sur un individu unique et exceptionnel, parfois elle fait la collecte des idées auprès des cent mille salariés d’une organisation.

A certains moments, la créativité fait penser à des groupes de développement personnel qui font des choses étranges et de la sophrologie ; parfois à des chercheurs scientifiques qui passent la nuit le nez sur l’éprouvette ; parfois elle évoque le développement de son potentiel créatif que l’on recherche pour se faire du bien ; parfois à du « problem solving » pour un client exigeant qui attend sa solution pour demain matin. Parfois la créativité est associée à une campagne publicitaire, parfois à un enfant surdoué, à un savant fou, à un objet design, à un tableau surréaliste, à un brevet, à une présentation de mode, à une méthode pédagogique, à une méthode. Et quoi d’autres ?


Nous ne sommes pas contre le flou et l’ambigüité. C’est au contraire le lieu où naissent les idées ; cette zone intermédiaire de la création que Léonard appelait « le sfumato » ; ce terrain vague entre la fumée et le cristal, ce moment tendre entre rêve et jour où l’imagination se durcit à la lumière.

Mais rechercher le flou comme stratégie est une chose. Mélanger tous les concepts en est une autre. Se disputer pendant des heures pour un vocabulaire mal défini, mesurer une aptitude avec un outil fait pour autre chose, faire naître des fausses attentes à cause de mots imprécis, perturbe la communication, gêne la recherche et devient parfois de la tromperie. Nous indiquerons plus précisément, en conclusion, à quoi pourrait bien servir ce travail d’éclaircissement.

Pour distinguer le sens des différents concepts cachés sous le mot créativité il faut partir du processus créatif qui est essentiellement un processus de confrontation entre deux sphères mentales, celle qui a pour fonction de s’adapter le mieux possible à la réalité et à ses contraintes en utilisant des mécanismes déductifs et celle qui a pour fonction de s’éloigner de cette réalité en oubliant les mécanismes déductifs renforcés par l’habitude pour produire des constructions insensées, à la limite du délire.

La création du nouveau naît à mi chemin de ces deux territoires : c’est ni ce qui existe déjà ; ce n’est pas non plus un délire incommunicable, mais un imaginaire qui a trouvé un mode d’expression.

Il faut donc distinguer les mécanismes d’exploration de ces différents territoires : Celui de l’imaginaire, Celui de la confrontation avec le réel, qui prendra des formes tout à fait différentes et suivra un itinéraire différent selon que l’on est dans le cas de la création artistique ou dans celui de la production d’idées.

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Auteur, notre invité : Guy Aznar
Psycho-sociologue, spécialiste en créativité.
Auteur du livre
"Idées
100 techniques de créativité pour les produire et les gérer
" (2005)
Président de Créa-France, Membre du conseil de EACI (association européenne pour la créativité, Co-organisateur du colloque Créa-Université



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