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L’évaluation de la performance : boîte de Pandore du management ?
Rédigé par Fabienne Speck
La performance collective de l’entreprise repose sur un agrégat de performances individuelles dont la dynamique crée les conditions du succès. Si l’on accepte ce principe, l’entreprise devrait choisir de faire de la gestion de carrière un élément clef de sa politique de Ressources Humaines.
"The right man at the right place " suppose de savoir quels sont les atouts et les limites de chacun ...
Et de se donner les moyens de repousser sans cesse ces dernières par la formation, l’accompagnement ou le tutorat mais aussi par la motivation et la reconnaissance. Ce qui nécessite de fixer des objectifs clairs et concertés à ses collaborateurs et d’en évaluer conjointement l’avancement à échéance régulière, la plupart du temps annuellement.
On voit même de plus en plus les entreprises mettre en place des points d’étapes supplémentaires - à mi-parcours de leur exercice fiscal - pour adapter les objectifs aux opportunités et aux menaces de leurs marchés ou anticiper des évolutions.
Quoi qu’il en soit l’évaluation est un moment essentiel de la relation salarié / employeur et plus particulièrement de la relation collaborateur / manager.
C’est un acte fondateur de cette relation contractuelle dont les aléas psychosociologiques n’échappent pas aux analystes des organisations et aux managers éclairés.
L’entretien d’évaluation se veut être un lieu privilégié d’expression, d’écoute et de dialogue. Un espace où doit se créer la cohérence et donc la cohésion car s’y rencontrent, ou s’y confrontent malheureusement encore aujourd’hui trop souvent, les contraintes réelles ou fantasmées de l’entreprise et ses marchés, les ambitions et les doutes personnels du manager, les motivations et les craintes du collaborateur.
Ainsi, la pratique de l’évaluation tourne parfois au marché de dupes où chacun sait que ce qui est dit n’a pas d’importance et que les promotions, les rémunérations ou les primes se décident ailleurs et autrement. Le collaborateur fait alors état de revendications primaires ou sécuritaires qu’on trouve au bas de la pyramide Maslow (**) : conditions de travail, sécurité de l’emploi, salaire … parce qu’il sait ou pense qu’il ne sera pas entendu si il monte aux étages supérieurs pour s’exprimer sur ce qui favoriserait dans son activité professionnelle l’estime de soi, le sentiment profond d’appartenance et d’adhésion et finalement l’épanouissement .
Que l’on ne se trompe pas sur le sens de mon propos, l’entretien d’évaluation n’est pas une discussion entre amis, et l’entreprise une utopique abbaye de Thélème (***)
Mais je défends la position de trouver en ce moment et ce lieu de l’évaluation les conditions d’une « soumission librement consentie »(****) parce qu’elle offre au collaborateur des possibilités de développement professionnel et personnel au service du développement de l’entreprise.
Car le salarié n’est pas un simple travailleur qui change d’état en enfilant son col bleu ou son col blanc, il est une personne qui travaille et porte en elle les germes de la réussite comme de l’échec selon ce que l’environnement lui apporte et ce qu’elle est rendue capable d’en faire.
La responsabilité de l’entreprise et du manager c’est de créer les conditions de la performance dans le respect des collaborateurs, celle des collaborateurs c’est de répondre de leurs objectifs et de chercher à s’améliorer pour le bénéfice commun.
A moins que je ne sois très naïve et que le « bénéfice » des actionnaires soit désormais l’étalon du succès des entreprises. Triste bataille que celle qui voit la victoire et la fortune de quelques généraux au prix d’une armée meurtrie, malade ou décimée …
(*) cf. le mythe de « la boîte de Pandore » qui désobéissant à Zeus ouvrit un vase d’où s’échappèrent alors tous les maux de la terre répandant le chaos. Seule restait au fond l’Espérance que Pandore persuada de sortir pour consoler l’humanité.
(**) cf. la pyramide de Maslow
(***) sur l’Abbaye de Thélème, lire « Gargantua » de François Rabelais qui y développe le thème de la société idéale où l’homme, bon par nature, est invité à régler librement une vie à sa mesure, soutenu par une culture humaniste où l’optimisme est la règle de base
(****) Lire le « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » et « La soumission librement consentie : comment amener les gens à faire librement ce qu’ils doivent faire » de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois
Pour en savoir plus : le dossier complet
L’évaluation de la performance : boîte de Pandore du management ?
L’évaluation : une démarche globale
L’entretien d’évaluation : de la méthode et du bon sens
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Auteur de l'article : Fabienne Speck
Direction de la Formation chez Ernst & Young
Article également paru dans la revue Qualitique (Juin 2005)
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