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L'expression imaginaire

Rédigé par Notre Invité

Guy Aznar, co-organisateur avec Todd Lubart de la seconde édition du colloque international de créativité "Créa-Université" expliquait dans un article remis aux participants en quoi il est utile de distinguer les différents concepts cachés sous ce mot : « l’expression imaginaire », « la création artistique », « la création d’idées », « l’innovation » qui, d’une certaine manière, sont proches et, à certains égards, n’ont aucun rapport entre eux.


Qu'est-ce que l'imagination ?

L’Imagination, c’est la faculté de produire des images en l’absence du modèle et même sans lien avec le réel ; c’est la faculté de puiser dans la mémoire, dans celle des jours et dans celle des nuits et de combiner à l’infini ces images comme un reflet sur l’eau d’un fleuve ; c’est la faculté de voyager sur des images éphémères permettant ainsi de «s'absenter et de s'élancer vers une vie nouvelle » comme le dit Bachelard ; c’est la faculté de produire des fantômes d’objets ou de personnages, qui se déforment indéfiniment comme une fumée, à volonté ou à contre volonté, faisant ainsi de l’imagination cette « maitresse de fausseté » dont parle Pascal, cette « folle du logis » dont parle Malebranche.

L’imagination, c’est l’incommunicable, l’éphémère, l’insaisissable, comme l’ombre d’un rayon de lumière, l’imagination c’est la malle au trésor de l’enfance dans laquelle nous allons puiser indéfiniment pour combiner les images, les éclats d’idées, mélangées avec celles des autres, tournant en myriades comme des fleurs de kaléidoscope.



La production imaginaire est privée et à la limite incommunicable, comme le sont nos rêves que l'on peut ressentir mais non complètement traduire.

Un langage formel exprimé dans une syntaxe grammaticale pure, cherchant à se traduire dans « une belle écriture » traduit mal le flou du rêve, la richesse diversifiée et chaotique de l’imaginaire.

C’est pourquoi on traduit mieux l’imaginaire avec un langage déstructuré, fait d’associations « libres », à la limite par l’écriture automatique, ou par un langage métaphorique qui se retrouvera dans la poésie. Ou bien sous forme de dessins, de graphismes abstraits. Ou bien sous une forme sonore excluant tout solfège et toutes règles harmoniques ou sous forme de gestes, de danses, improvisées librement.



La fonction de l’éducation au sens large a pour fonction d’apprendre à distinguer l’imaginaire et la réalité et, souvent, pour bien s’adapter à la réalité, d’apprendre à fuir les mirages de l’imaginaire.

Ne pas rester « dans les nuages » comme l’enfant de Prévert mais être bien adapté à la réalité est un objectif compréhensible et louable de la part des éducateurs : les parents, l’école, l’environnement social. Aider l’enfant à sortir de son syncrétisme primordial et l’aider à distinguer mythes et réalités, songes et projets accessibles, l’entraîner à faire l’aller et le retour entre les phases d’assimilation et d’accommodation décrite par Piaget, celle où on veut que le monde s’adapte à mes désirs et celle où je dois plier mes désirs à la courbure du monde, renouveler inlassablement le « ich and da » de l’enfant jouant avec sa bobine, décrit par Freud, tel est l’objectif légitime de tous les éducateurs du monde.

Il se trouve que suivant les cultures familiales, suivant le style du professeur, suivant les milieux sociaux et suivant le degré d’adaptabilité de chaque enfant, cette tendance légitime à distinguer le jeu avec l’imaginaire, l’évasion et l’adaptation à la réalité, s’est traduite par une condamnation excessive de l’imaginaire et par une survalorisation du registre privilégié d’exploration du réel : les mécanismes logiques, la pensée rationnelle, basée sur des enchaînements déductifs.

Globalement, on a souvent tué l’imaginaire dans l’oeuf pour mieux adapter les enfants à la réalité de leur environnement social. Au lieu d’organiser la séparation méthodique des deux phases, (ce que nous essaierons de faire plus tard dans les séminaires de production d’idées), on a purement et simplement condamné l’imaginaire, ou bien on l’a réservé à des déviants.

En parallèle on a repoussé ou sérieusement encadré l’expression des émotions qui est étroitement liée avec l’expression imaginaire pour plusieurs raisons. D’une part parce que l’imaginaire s’est en partie constitué dans l’enfance, dans des moments chargés affectivement, et que faire ressortir ce stock d’images s’est faire couler à nouveau le torrent affectif qui a présidé à son origine. De même que l’imaginaire, l’émotion est canalisée par une série de conventions sociales.



Ouvrir les vannes à l’imaginaire c’est ouvrir les vannes à l’émotion.

La mise en œuvre de l’émotion est un outil indispensable pour accéder à l’imaginaire qui est stocké dans des zones profondes du cerveau. Comme le note David Servan Schreiber , à l’intérieur du cerveau se trouve un cerveau « émotionnel, « un véritable cerveau dans le cerveau » sur lequel « le langage et la connaissance rationnelle n’ont pas d’effets ».

De ce fait, « si nous voulons rechercher un potentiel d’associations imaginaires plus large que celui est stocké dans le néo cortex, nous devons aller explorer le cerveau limbique, c'est-à-dire à organiser des liaisons entre le néo cortex et le cerveau limbique ».

C’est à ce propos que les chercheurs de Harvard et du New Hampshire on utilisé l’expression « d’intelligence émotionnelle » vulgarisée par Daniel Goleman . L’expression « d’intelligence émotionnelle », en elle-même, mérite d’être critiquée mais ce qu’elle recouvre est exact : il existe un territoire émotionnel du cerveau directement connecté à l’imaginaire.


En résumé

Deux facteurs expliquent les freins à l’expression naturelle de l’imaginaire : le conditionnement méthodique à censurer son imaginaire pour mieux s’adapter à la société ; le refus d’exprimer ses émotions habituellement liées au territoire de l’imaginaire.


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Auteur de l'article : notre invité, Guy Aznar

Psycho-sociologue, spécialiste de la créativité, auteur du livre "Idées - 100 techniques de créativité pour les produire et les gérer" (2005), Président de Créa-France, Membre du conseil de EACI (association européenne pour la créativité, Co-organisateur du colloque Créa-Université


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