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Rendre un écrit percutant : l'ekphrasis au secours du rédacteur

Rédigé par Isabelle De Montety

L'ekphrasis en début de texte : la solution pour qu'un écrit atteigne son objectif de faire agir le lecteur. (EKPHRASIS, figure de style consistant en une description ou représentation d'un objet ou d'un projet, de telle façon que l'autre a le sentiment de le voir).


Le calvaire d'écrire

Les écrits professionnels sont pour beaucoup de rédacteurs une source de souffrance : angoisse de la page blanche, sentiment de "mal-écrit", de décalage avec ce qu'on voulait dire, décalage aussi avec le ton qu'on aurait aimé employer, mais qui n'arrive pas à émerger; dans une lettre ou un courriel, difficulté à dire à l'autre ce qu'on attend de lui, ce pour quoi on lui écrit. Or bon nombre d'écrits rédigés dans le cadre professionnel ont pour but premier d'inciter le lecteur à agir : renvoyer des informations ou documents en retour, réagir à une proposition, appliquer une consigne, etc.

Passer du calvaire d'écrire au plaisir d'écrire, c'est possible. Par exemple en utilisant l'ekphrasis, ce procédé qui invite à poser devant soi son objectif, comme un objet que l'on voit et que l'on donne à voir. Si je pose l'action devant quelqu'un, il peut la prendre aisément. Ainsi le conceptuel devient réalité, l'action à mener apparaît concrètement. Au rédacteur d'abord, au lecteur ensuite.


Et en plus il faut relancer…

Bien souvent l'écrit n'atteint pas sa cible : il faut relancer, répéter la demande. Le lecteur est-il vraiment rétif, ou la formulation de notre demande était-elle été inadaptée ?

Observation courante : face à un mail qui n'a pas provoqué l'action espérée, si le rédacteur est invité à formuler ce qu'il attendait du destinataire, il est très rare que sa réponse soit exprimée en termes d'action. La plupart du temps apparaît un constat, ou un regret, ou un exposé du problème -toujours du point de vue du rédacteur- et non l'action que le lecteur doit faire.


Faites vous-mêmes l'expérience

Relisez un de vos derniers courriels. Posez-vous la question suivante : quelle est l'action que je souhaite que le lecteur fasse après avoir lu mon courriel?… rien de spécial, qu'il prenne note, qu'il classe mon écrit… qu'il me réponde?… Bien souvent la réponse demande réflexion, donc n'était pas évidente; et de ce fait l'action attendue est rarement exprimée de façon explicite, en termes opératoires.

Si on lui dit qu'on ne peut pas établir le bilan car il manque tels résultats… rarement on demande explicitement qu'il envoie ces résultats…

Ou on lui dit qu'on organise telle réunion, pour laquelle on retient telles et telles dates en fonction des disponibilités… mais souvent sans demander clairement de répondre en indiquant par exemple ses préférences ou impossibilités… Les illustrations de ce type foisonnent.


En fin du courriel, ou au début ?

Et lorsque l'action attendue est indiquée… où est-elle nichée?

… à la fin du courriel, bien sûr, la plupart du temps, puisque c'est là qu'elle arrive, pour le rédacteur : à la fin de son raisonnement. Mais comme seuls 10% des lecteurs font défiler l'ascenseur qui permet de voir la fin d'un écrit s'il dépasse une page-écran… ne nous étonnons pas que bien des lecteurs n'aient pas vu –en toute bonne foi- l'action à faire.


Comment rendre un écrit "agissant", source d'action?

Une solution radicale, et d'une efficacité redoutable, sinon garantie : mettre l'essentiel -l'action attendue- en début de texte. Principe de la pyramide inversée : l'essentiel au début, et non à la fin… Et avec l'ekphrasis comme outil de mise en œuvre, l'articulation d'ensemble peut prendre une tournure non seulement satisfaisante mais en plus extrêmement efficace.


A l'œuvre

Avec une bonne méthodologie, une dose de rigueur et un peu d'entraînement, on décuple aisément la portée opérationnelle de ses écrits. Pour ce faire, si la mise en œuvre est parfois difficile à mener seul, le travail en groupe est en général un point de passage très stimulant, et qui peut se dérouler selon des modalités très diverses, en fonction des besoins ou des désirs.


Pour en savoir plus :
L'ekphrasis, Dictionnaire Le Robert, 2003


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Auteur de l'article : Isabelle de Montety
Posture identitaire supervisée par François-Noël Tissot


Sociologue rhétoricienne, Isabelle de Montety intervient en entreprise comme coach, consultante et formatrice, auprès de managers et de membres de comités de direction ou conseils d'administration, sur leur communication écrite ou orale.

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