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Responsable, vous avez dit responsable ?

Rédigé par Fabienne Speck

Etre responsable c’est étymologiquement « répondre de », « se porter garant ou caution de ».

C’est donc une notion qui établit des liens entre les individus et les situations, avec ou sans contrat.

Et c’est là que commence la complexité, car un contrat permet normalement de définir assez clairement les responsabilités civiles, pénales ou commerciales. On est dans le domaine du Droit. Il s’agit d’une obligation dictée par la Loi ou par un règlement de répondre vis-à-vis de tiers d’un engagement de résultat ou du préjudice ou dommage causé directement ou indirectement. Il y a présomption de faute et c’est l’accusé qui doit se défendre. Hors contrat, la responsabilité n’est que délictuelle et c’est à la victime de faire preuve de la faute.



Mais qu’en est-il alors de la responsabilité morale ?

On peut objectivement être rendu responsable d’une activité, d’un projet ou d’une équipe. Mais au plan moral, être responsable c’est agir avec une connaissance et une liberté suffisante pour que nos actes puissent être considérés comme pleinement nôtres et devoir en répondre d’abord devant sa propre conscience. La responsabilité morale nous oblige à répondre de nos actes en tant qu’individus conscients et libres.

Or, il arrive que bien que conscients, nos actes ne soient pas ou n’apparaissent pas comme libres aux yeux de la Loi ou de la psychiatrie par exemple. C’est toute la question des circonstances atténuantes en droit pénal ou de l’irresponsabilité invoquée pour folie passagère ou chronique.

Mais c’est aussi celle du déni de responsabilité par obéissance très pratiqué par le management intermédiaire.



Doit-on rendre moralement responsable celui qui ne sait pas ce qu’il fait ou dit ne pas savoir ce qu’il fait ?

Le lot commun c’est qu’en matière de responsabilité il y a toujours un lien de cause à effet. Une personne, une situation ou un enchaînement de faits ont provoqué un certain nombre de conséquences : politiques et humaines dans l’Histoire, économiques et humaines dans l’entreprise… Il donc est rare que les conséquences ne soient pas aussi, ou surtout, humaines voire … inhumaines.



La différence entre une simple causalité et la responsabilité c’est la conscience individuelle et collective qui ajoute la question de l’intention.

En matière de responsabilité légale, civile ou pénale, on répond d’abord de ses actes. En matière de responsabilité morale on doit répondre de l’imputabilité d’un acte ou d’une décision devant sa conscience en répondant de ses intentions de bien ou de mal faire … ou de n’avoir rien fait.

Avant 1789, la responsabilité était devant Dieu et le jugement dernier, ce qui a du en arranger quelques uns. Depuis la Révolution elle est devenue une obligation à répondre de ses actes devant ses pairs, ce qui n’aurait pas du la déconnecter des soucis éthiques et métaphysiques dont l’entreprise s’affranchit volontiers. Or, « Si tu refuses d’être responsable des défaites, tu ne le seras pas des victoires » a écrit Saint-Exupéry dans Citadelle.



Alors qu’est ce qui est de la responsabilité du manager ?

Maîtriser son domaine de compétences, s’améliorer et rayonner sur ses équipes en ce sens. Etre déterminé mais juste, aller au bout de ce qu’il entreprend. Plus simplement, une des premières responsabilités du manager est celle de l’écoute et de la parole. Le manager doit prendre la pleine mesure de la responsabilité de ce qu’il entend et dit à ses équipes mais aussi à l’extérieur lorsqu’il représente son entreprise. Il est souvent amené à s’exprimer en face-à-face, en réunion ou dans des manifestations professionnelles. Il accède à l’usage du verbe comme outil de travail et donc au risque de bien ou de mal dire, de bien ou de mal transmettre, car le langage est aussi source de malentendus ou de manipulations.

Or, si l’on en croit Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément ». Pourtant combien de managers communiquent pas, peu ou mal, ou sacrifient au culte du secret de quelques initiés- dont ils ont acquis chèrement l’honneur de faire partie - je nomme la classe dirigeante.

Le manager devrait donc à mon sens observer, écouter, sentir et réfléchir autant qu’agir. Il doit approfondir et aiguiser sa perception de l’environnement. Il peut ensuite parler et passer à l’action. Il doit soutenir ses équipes autant que les diriger. Il doit travailler en croyant toujours à ce qu’il fait pour le mener à bien. Enfin, il doit osciller en permanence entre le « savoir-être » et le « savoir-faire ».

La question de sa responsabilité peut trouver écho dans des valeurs simples mais opérationnelles : la volonté de bien faire, le courage d’entreprendre mais aussi d’expliquer, la persévérance dans l’effort et le soutien des équipes, la lutte contre l’adversité…



Quoi qu’il en soit, la responsabilité suppose l’implication physique, morale et intellectuelle.

Notre responsabilité de manager s’arrête toutefois où commence celle des autres. On ne peut être responsable de tout et de tout le monde, tout le temps.

Le manager paternaliste ou sauveteur y laisse souvent des plumes et à trop vouloir en faire infantilise ses équipes.

Le despote autocratique n’obtiendra pas de meilleurs résultats en ne permettant pas non plus l’instauration d’un système de délégation responsabilisant chaque maillon de la chaîne.

La responsabilité du manager c’est aussi de contribuer à faire évoluer les personnes et les situations autour de lui.


Pour en savoir plus :
Accès au dossier complet

Précédente partie
Plaidoirie pour une éthique de la responsabilité dans l’exercice du management



Auteur de l'article : Fabienne Speck
Directrice de l'université d'entreprise du groupe Mazars
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