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La responsabilité : mode d’emploi

Rédigé par Fabienne Speck

La responsabilité du manager c’est, de façon communément admise, d’organiser l’activité, d’animer et motiver les équipes autour d’objectifs. Et c’est, au-delà de l’expertise technique, une « aventure humaine » qui suppose de mobiliser des registres d’expression parfois contradictoires qui en illustrent bien la complexité.


Jack Welch (1) , ex-PDG emblématique de General Electric, sacré « manager du siècle », « meilleur patron du monde » et « icône du monde des affaires » dénonce notamment « le manque de franchise »

...qualifié de « plus gros secret inavouable du monde de l’entreprise » qui « fait obstacle aux bonnes idées, ralentit l’action et empêche les gens de se donner à fond », « engendre bureaucratie et luttes de pouvoir ».

Il décrit les responsabilités des « leaders » dans un style qui se veut pragmatique et franc :

- améliorer constamment son équipe,

- faire en sorte que tout le monde connaisse la vision de l’entreprise et l’applique et la vive,

- se mettre en phase avec tous les membres de son personnel avec une énergie positive et un optimisme contagieux,

- instaurer un climat de confiance par la franchise, la transparence et la reconnaissance des mérites,

- avoir le courage de prendre des décisions impopulaires et de suivre son instinct,

- s’assurer que l’on répond à ses questions par des actes,

- donner envie par son exemple de prendre des risques et d’apprendre,

- fêter les victoires.



Mais selon lui la responsabilité du manager c’est aussi la « différenciation »,

...méthode qui peut s’avérer impitoyable, consistant à évaluer régulièrement les collaborateurs pour les répartir en trois catégories selon leurs performances : les 20% les plus efficaces à choyer sans modération, les 70% intermédiaires, et les 10% les moins bons à qui la porte de sortie devra irrémédiablement s’ouvrir pour leur permettre de trouver ailleurs « la place où il pourront donner toute leur mesure ».

Comme on le voit, il ne sera pas simple pour le manager du 21ème siècle de trouver la juste place de sa responsabilité entre humanisme et cynisme.



J’ajouterais volontiers à ces recettes :

- la responsabilité de dire non, du libre-arbitre, de peser le pour et le contre,

- la responsabilité de prendre le risque de décider très vite quand cela est nécessaire car le risque induit est souvent plus grand à ne pas décider ou ne pas faire,

- la responsabilité d’accepter la compétence de l’autre ou la critique, de faire confiance et de déléguer,

- la responsabilité de ne pas accepter l’inacceptable, de ne pas subir la soumission à des routines, à des procédures non cohérentes ou à la contrainte par peur de représailles mais d’agir en son âme et conscience en résistant à la tentation de l’inertie,

- la responsabilité parfois d’oser ou de transgresser, de savoir sortir du politiquement correct pour envisager d’autres façons de faire, enrichir son expérience et faire émerger des solutions nouvelles ou abolir des règles rétrogrades,

- la responsabilité de dire et d’expliquer, d’avoir un discours clair et authentique, sans blesser ou détruire mais en donnant du sens à la décision ou à l’action car c’est aussi la responsabilité de ne pas diffuser la peur et de créer de l’intelligence…



L’entreprise est ce que nous en faisons

On est d’abord responsable de soi, si l’on veut pouvoir être disponible pour les autres et ouvert au changement. Or combien de managers s’usent à la tâche, minés par des déceptions liées à la trop haute opinion qu’ils ont de leur fonction. Le manager a le devoir de se maintenir en équilibre en exerçant avec le même niveau d’exigence son jugement et son action pour prévenir des situations, produire des résultats, motiver ses équipes, anticiper des évolutions …

La démarche managériale a peut-être aussi cette vocation de nous inciter à être responsable de ce que l’on est et de ce que l’on veut devenir afin d’être mieux armé devant la nécessaire contribution de l’entreprise aux responsabilités individuelles et collectives qui marquent notre siècle.

Car, c’est aussi bien dans notre vie citoyenne que dans notre environnement de travail qu’il faut défendre nos convictions humanistes.

Et dans l’entreprise, au-delà d’assurer la nécessaire rentabilité, c’est autant sur les terrains de la recherche de la sagesse, de la compréhension d’autrui et du progrès scientifique et technique pour qu’il reste au service de l’Homme, qu’il faudra lutter.


Comment l’entreprise compte-t-elle accompagner les enjeux philosophiques, les réformes sociales, le progrès civique et les grandes décisions géopolitiques ?

... tout en faisant coïncider ses impératifs économico-financiers et le développement des « ressources humaines » sans demander au plus haut niveau du management de prendre la mesure de ses responsabilités vis-à-vis des hommes et des femmes de l’entreprise et pas seulement des actionnaires ?

Pour ma part, j’ai retiré de mon expérience de management la volonté de contribuer à penser l’entreprise nouvelle mais surtout la responsabilité de la construire en essayant de toujours améliorer ce qui peut l’être, d’accepter nos peurs sans qu’elles nous dominent et de chercher à amener les personnes et les équipes à donner volontairement le meilleur d’elles-mêmes.

Parce qu’elles aussi se sentent investies d’une responsabilité : concilier les exigences du quotidien et du court terme et préparer un avenir toujours meilleur. Un véritable numéro de funambule !



(1) Jack Welch, « Mes conseils pour réussir »,Village Mondial, 2005. Lire aussi « Mes conseils de patron », Village mondial, 2001.

Pour en savoir plus :
Accès au dossier complet

Précédentes parties
1/ Plaidoirie pour une éthique de la responsabilité dans l’exercice du management
2/ Responsable, vous avez dit responsable




Auteur de l'article : Fabienne Speck
Directrice de l'université d'entreprise du groupe Mazars
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